SPIUKWORLD

Journal de Route : l´Anglirú un col de référence

SPIUK news
Experiénces

Le cyclisme et le cyclotourisme sans de bonnes doses de passion et d'enthousiasme ne seraient pas la même chose.

Au-delà de nous faire connaître d’innombrables itinéraires et de cols, notre travail chez Ziklo nous a donné l'occasion de rencontrer cette foule de gens qui vivent et portent en eux le monde du vélo. Après avoir vécu de nombreuses histoires et expériences, l'objectif de cette section est de pouvoir partager quelques-uns de ces moments. Nous parlerons de routes, de marches, de cols, d'expériences, d'histoires… N'hésitez pas, pensez vélo et pédalez avec nous.

ANGLIRU
Nous aimerions commencer dans notre pays et avec un col de référence. Au moment de choisir, nous avons hésité, car si en France des cols comme le Tourmalet ou l'Alpe d'Huez sont une référence, ici les choses ne sont pas aussi claires. Attention, ce n'est pas que nous manquions de montagnes, c'est plutôt le contraire, mais nous n'avons peut-être pas su donner à nos cols ce petit quelque chose qui crée le mythe et la légende.



Après avoir longtemps réfléchi, nous nous sommes décidés pour l'Angliru, un col dont l'histoire est brève, mais qui a déjà fait noircir des centaines de pages et qui pose un sérieux défi à de nombreux cyclotouristes. En outre, il est l'un de ces rares endroits qui ont su soigner l'image du cyclisme. Affiches, signalétique, sculptures…les clins d'œil au cyclisme sont partout et le visiteur les apprécie.



Beaucoup a été écrit sur le colosse asturien, alors, que dire qui n'ait déjà été dit ? Mais faisons d'abord un peu d'histoire. En 1996, un article de Mario Ruiz, accompagné de photos de ses terribles rampes sous le titre : Ose le col le plus dur d'Espagne : La Gamonal, un colosse terrifiant, causa une forte impression aux cyclotouristes.
Deux ans plus tard, en 1998, une nouvelle et extrêmement dure marche cyclotouriste était créée au mur asturien, précédée de la montée à la Cobertoria et au Cordal. Et la consécration définitive viendra en 1999 avec le choix, par les organisateurs de la Vuelta, d'une fin d'étape à ce sommet pour l'édition de cette année-là. Nous devons cette décision, défendue par Enrique Franco et Alberto Gadea, à une lettre que leur envoya Miguel Prieto, le responsable national de l'informatique à la ONCE, presque aveugle (avec seulement 10% de vision). C'est lui qui a découvert le col pour le cyclisme. L'intérêt montré par la municipalité de Riosa, principale protectrice du col, a aussi joué un grand rôle.



C'est ainsi qu'en 1999, comme nous le disions, le mythique sommet asturien a été attaqué pour la première fois dans le cadre du Tour d'Espagne. L'étape partait de León et offrait les cols de Ventana, La Cobertoria et Soterraña en apéritif de l'Angliru. Des rampes comme La Cueña, Les Cabres, l'Aviru… ont marqué les coureurs, encouragés par des milliers de courageux venus à la rencontre du colosse en dépit de la pluie et du brouillard. Pavel Tonkov devançait “Chava” Jiménez et Roberto Heras de 57 secondes à l'Aviru, où le coureur d'El Barraco attaqua le Russe du Mapei jusqu'à débouler sur la ligne d'arrivée, au milieu du brouillard, comme un fantôme pour inaugurer le palmarès de l'Angliru au cours d'une étape épique.

À partir de ce moment, les cyclistes, les ex-cyclistes et les cyclotouristes sont partis découvrir ses imposants dénivelés avec les commentaires de toute sorte que nous connaissons. Le col venait alors d'être goudronné car en fait il s'agissait d'une piste forestière qu'empruntait le bétail pour aller boire au petit lac qui existe au sommet, connu populairement sous le nom d'Angliru, au pied du majestueux Pic Gamonal, dans la magnifique montagne de la Sierra del Aramo.



L'Angliru est un col incroyable, que l'on déteste ou dont on tombe amoureux pour toujours. Pas de demi-mesure avec lui, car il ne laisse personne indifférent. La montée (12,5 km à 10,2% en moyenne) comporte deux parties bien différenciées : une première qui serait comme une montée de deuxième catégorie, jusqu'au replat de l'aire de pique-nique de Víapará. Et c'est dans la seconde, dans les 7 derniers km (avec une moyenne terrifiante de 13%) que commence l'authentique escalade de la paroi asturienne. Une inscription au sol nous le rappelle : Ici commence l'enfer. Tout ce tronçon jusqu'à la cime est impressionnant. Les murs baptisés de leur propre nom se succèdent : un premier tournant à 20% appelé Les Cabanes, puis Los Picones (18%), mais le plus incroyable arrive quand, en atteignant le virage Cobayos (17%), tu le passes et tu distingues la surprenante rampe de lancement de La Cueña Les Cabres, avec ses 800 m à 18% de moyenne et un dénivelé maximum de 23,5%. Et ensuite deux rampes de plus, Piedrusines (19%) et l’Aviru (20%), jusqu'à arriver à la prairie de l'Angliru.

Tel est l'Angliru. Une très forte tentation, tu l'affrontes avec crainte ou tu la laisses, à toi de choisir.


PS : Tous les ans, nous faisons un stage dans les Asturies. Lena est habituellement notre camp de base. Et lorsque nous préparons les itinéraires nous disons toujours : “Cette année, nous n'allons pas mettre l'Angliru”. Et à la fin il figure toujours au programme… Toux ceux qui l'approchent finissent envoûtés par lui. Ce n'est un col pour la routine quotidienne, mais une de ces conquêtes que chacun chérit dans son cœur.